John Nicholas Cassavetes (9 décembre 1929 – 3 février 1989) était un cinéaste et acteur américain. Il a débuté comme acteur au cinéma et à la télévision avant de contribuer à l’essor du cinéma indépendant américain moderne en tant que scénariste et réalisateur, autofinançant, produisant et distribuant souvent ses propres films. Il a été nommé trois fois aux Oscars, deux fois aux BAFTA, quatre fois aux Golden Globes et une fois aux Emmy Awards.
Après des études à l’ American Academy of Dramatic Arts, Cassavetes débute sa carrière d’acteur à la télévision, apparaissant dans de nombreux feuilletons. Il interprète le rôle-titre dans la série policière de NBC, Johnny Staccato (1959-1960). Il joue également dans des films notables, tels que le film noir L’homme qui tua la peur (1957) de Martin Ritt, le film de guerre Les Douze Salopards (1967) de Robert Aldrich, le film d’horreur Rosemary’s Baby (1968) de Roman Polanski, et le drame policier Mikey et Nicky (1976) d’ Elaine May. Sa performance dans Les Douze Salopards (1967) lui vaut une nomination à l’ Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.
En tant que réalisateur, Cassavetes s’est fait connaître grâce à une série de drames indépendants salués par la critique, parmi lesquels Les Ombres (1959), Visages (1968), Maris (1970), Une femme sous influence (1974), Opening Night (1977) et Love Streams (1984). Ses films privilégiaient une approche centrée sur les acteurs, mettant l’accent sur l’authenticité des relations entre les personnages et les émotions profondes, tout en rejetant les intrigues hollywoodiennes traditionnelles, la méthode Stanislavski et la stylisation. Ses films sont ainsi devenus synonymes d’esthétique de l’improvisation et d’une atmosphère proche du cinéma vérité. Il a été nommé aux Oscars du meilleur scénario original pour Visages et du meilleur réalisateur pour Une femme sous influence (1974).
On a dit que le cœur de ses films contenait une « angoisse désordonnée qui sanctifie ».
Il a fréquemment collaboré avec l’actrice américaine Gena Rowlands (avec qui il a été marié de 1954 jusqu’à sa mort en 1989) et ses amis Peter Falk, Ben Gazzara et Seymour Cassel. Nombre de ses films ont été tournés et montés dans sa maison de Los Angeles, qu’il partageait avec Rowlands. De leur union sont nés un fils, Nick, et deux filles, Alexandra et Zoe, qui ont tous suivi leurs traces dans le cinéma.
John Nicholas Cassavetes est né à New York le 9 décembre 1929. Il était le fils de l’actrice gréco-américaine Katherine Cassavetes (née Demetriou), qui a par la suite joué dans certains de ses films, et de l’immigrant grec Nicholas John Cassavetes. Il passa son enfance en Grèce avec sa famille; à son retour à New York à l’âge de sept ans, il ne parlait pas un mot d’anglais. Il grandit ensuite à Long Island, où il fréquenta le lycée Paul D. Schreiber (alors connu sous le nom de Port Washington High School) de 1945 à 1947. Il participa à la rédaction du Port Weekly (le journal de l’école), à la pièce de théâtre interclasses Red Domino, à l’équipe de football américain et au Port Light (l’annuaire scolaire).
Cassavetes fréquenta la Blair Academy dans le New Jersey et passa un semestre au Champlain College à Burlington, dans le Vermont, mais fut renvoyé en raison de ses mauvais résultats scolaires. Il passa quelques semaines à faire de l’auto-stop jusqu’en Floride, puis intégra l’ American Academy of Dramatic Arts, encouragé par des amis récemment inscrits qui lui avaient dit que l’école était « pleine de filles ». Il obtint son diplôme en 1950 et rencontra sa future épouse, Gena Rowlands, lors de son audition pour entrer à l’Académie en 1953. Ils se marièrent quatre mois plus tard, en 1954. Il continua à jouer au théâtre, obtint de petits rôles au cinéma et commença à travailler pour la télévision dans des séries d’anthologie telles que Alcoa Theatre (1958).
En 1956, Cassavetes commença à enseigner une alternative à la méthode Stanislavski dans son propre atelier cofondé avec son ami Burt Lane à New York où le jeu d’acteur était axé sur la création du personnage plutôt que sur son passé ou les exigences narratives. Cassavetes méprisait particulièrement l’Actors Studio de Lee Strasberg, basé sur la méthode Stanislavski, et l’approche Cassavetes-Lane considérait que le jeu d’acteur devait être l’expression d’une joie créative plutôt que de la mélancolie sombre et tourmentée associée à l’enseignement de Strasberg.
Peu après l’ouverture de l’atelier, Cassavetes fut invité à auditionner à l’Actors Studio. Avec Lane, il conçut alors une farce: prétendant jouer une scène d’une récente production théâtrale, ils improvisèrent en réalité une performance sur le champ, trompant un Strasberg impressionné. Cassavetes inventa ensuite une histoire de difficultés financières, ce qui incita Strasberg à lui offrir une bourse complète pour le Studio. Cassavetes la refusa aussitôt, estimant que Strasberg ne connaissait rien au métier d’acteur s’il s’était laissé si facilement berner par ces deux stratagèmes.
Un exercice d’improvisation lors d’un atelier lui inspira l’idée de son premier film, écrit et réalisé, Shadows (1959). Cassavetes finança la production grâce à ses proches et aux auditeurs de l’émission de radio nocturne de Jean Shepherd, Night People. Son objectif déclaré était de réaliser un film sur les gens modestes, contrairement aux productions hollywoodiennes qui privilégiaient les histoires de riches. Cassavetes ne parvint pas à obtenir de distribution américaine pour Shadows, mais le film remporta le Prix de la Critique à la Mostra de Venise. Des distributeurs européens le sortirent plus tard aux États-Unis en import. Malgré un succès mitigé au box-office américain, Shadows attira l’attention des studios hollywoodiens.
Cassavetes a joué de petits rôles dans des films de série B et des feuilletons télévisés, avant d’acquérir une certaine notoriété en 1955 grâce à son interprétation d’un tueur impitoyable dans Nuit de terreur (1955) et d’un jeune délinquant dans le film dramatique Face au crime (1956). Son premier rôle principal au cinéma fut dans L’homme qui tua la peur (1957) avec Sidney Poitier. Il fut brièvement sous contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer et partagea l’affiche avec Robert Taylor dans le western Libre comme le vent (1958), écrit par Rod Serling. À la fin des années 1950, Cassavetes fit une apparition dans la série policière Johnny Staccato (1959-1960) de Beverly Garland, qui raconte l’histoire d’une inspectrice de police infiltrée à New York. Il réalisa au total cinq épisodes de la série, dans laquelle son épouse, Gena Rowlands, fit une apparition. Diffusée sur NBC de septembre 1959 à mars 1960, puis acquise par ABC, la série, malgré un succès critique, fut annulée en septembre 1960.
En 1961, Cassavetes signa un contrat de sept ans avec Paramount. Au début des années 1960, il réalisa deux films pour Hollywood: La ballade des sans-espoirs (1961) et Un enfant attend (1963), avec Burt Lancaster et Judy Garland. Il joua dans la série western Rawhide (1961), dans l’épisode “Incident Near Gloomy River” avec Clint Eastwood. Il fut engagé pour la série médicale Breaking Point (1963). Il partagea de nouveau l’affiche avec son épouse, cette fois dans un épisode de la série d’anthologie Suspicion (1964), et il apparut dans la série western Jesse James (1965). La même année, il fit également une apparition dans la série Combat! (1965), qui se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, dans l’épisode “SIW”, et dans le rôle du scientifique nucléaire fou Everett Lang dans Voyage au fond des mers (1965) dans l’ épisode “Le Pacificateur” de la saison 2.
Grâce à ses cachets pour la télévision et à quelques rôles au cinéma, il put s’installer en Californie et réaliser ses films suivants en toute indépendance, comme ce fut le cas pour Shadows (1958). Parmi les films dans lesquels il joua dans cette optique, on peut citer À bout portant (1964) de Don Siegel, Les anges de l’enfer (1967) de Daniel Haller, un film de gangsters motards, Les Douze Salopards (1967) de Robert Aldrich, pour lequel il fut nommé à l’ Oscar du meilleur second rôle masculin, le rôle principal tenu par Guy Woodhouse (initialement prévu pour Robert Redford).
Il joue le rôle de Guy Woodhouse dans Rosemary’s Baby (1968) avec Mia Farrow, Ruth Gordon, Sidney Blackmer de Roman Polanski.
Puis on le vois dans les films Furie (1978). Cassavetes incarna le meurtrier dans un épisode de la série policière Columbo (1972). Cassavetes et Peter Falk, la vedette de la série, avaient déjà partagé l’affiche du thriller d’action Les intouchables (1969). Les deux ont ensuite joué dans le film d’Elaine May, Mikey et Nicky (1976).
Faces (1968) est le deuxième film réalisé et financé indépendamment par Cassavetes. Le film met en vedette sa femme Gena Rowlands qu’il avait épousée à l’époque où il peinait à percer comme acteur John Marley, Seymour Cassel et Val Avery, ainsi que plusieurs acteurs débutants, comme Lynn Carlin dans le rôle principal et des acteurs moins connus comme Vince Barbi. Il dépeint la lente désintégration d’un mariage contemporain. Le tournage aurait duré trois ans et s’est déroulé en grande partie au domicile des Cassavetes. Faces (1968) a été nommé pour trois Oscars: Meilleur scénario original, Meilleur acteur dans un second rôle et Meilleure actrice dans un second rôle. À cette époque, Cassavetes a créé Faces International une société de distribution chargée de gérer tous ses films.
Cassavetes réalise et joue dans Husbands (1970), aux côtés des acteurs Peter Falk et Ben Gazzara. Ils y incarnent trois hommes mariés qui font la fête à New York et à Londres après les funérailles de l’un de leurs meilleurs amis.
Ainsi va l’amour (1971), qui raconte l’histoire de deux amants improbables, met en vedette Rowlands et Cassel. Une femme sous influence (1974) présente Rowlands dans le rôle d’une femme au foyer de plus en plus perturbée. Rowlands a reçu une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice, tandis que Cassavetes a été nommé pour celui du meilleur réalisateur. Dans Meurtre d’un bookmaker chinois (1976), Gazzara joue le rôle d’un petit propriétaire de club de strip-tease aux prises avec une addiction au jeu incontrôlable, contraint par des mafieux de commettre un meurtre pour rembourser sa dette.
Dans Opening Night (1977), Rowlands partage l’affiche avec Cassavetes; le film met également en vedette Gazzara et Joan Blondell. Rowlands incarne Myrtle Gordon, une ancienne star de cinéma qui travaille au théâtre et traverse une crise personnelle. Seule et délaissée par ses collègues, craignant de vieillir et isolée par sa célébrité, elle sombre dans l’alcool et les hallucinations après avoir été témoin de la mort accidentelle d’un jeune fan. Finalement, Gordon surmonte ses difficultés et livre la performance de sa vie dans une pièce de théâtre. Rowlands remporte l’ Ours d’argent de la meilleure actrice au 28ème Festival international du film de Berlin pour cette prestation.
Cassavetes a réalisé le film Gloria (1980), avec Rowlands dans le rôle d’une femme de la mafia qui tente de protéger un orphelin que la mafia veut tuer, ce qui lui a valu une autre nomination pour le prix de la meilleure actrice. Cassavetes a joué dans Tempest (1982) de Paul Mazursky, avec Rowlands, Susan Sarandon, Molly Ringwald, Raúl Juliá et Vittorio Gassman.
Cassavetes a écrit la pièce de théâtre Knives, dont il a autorisé la publication d’une première version dans le numéro inaugural de 1978 de On Stage, le magazine trimestriel de l’American Community Theatre Association, une division de l’American Theatre Association. La pièce a été produite et mise en scène dans le cadre de ses Trois Pièces d’Amour et de Haine au Center Theater d’Hollywood, en Californie, en 1981. Ce triptyque comprenait des adaptations de The Third Day Comes et Love Streams du dramaturge canadien Ted Allan, cette dernière servant de modèle au film éponyme de Cassavetes sorti en 1984.
Cassavetes a joué dans Marvin & Tige (1983), également intitulé Comme père et fils, un film dramatique américain réalisé par Eric Weston et écrit par Wanda Dell et Eric Weston d’après un roman de Frankcina Glass. Marvin interprété par Cassavetes, un veuf alcoolique qui a connu des jours meilleurs et survit en faisant des petits boulots, rencontre le jeune Tige interprété par le jeune acteur Gibran Brown, aux tendances suicidaires. Billy Dee Williams apparaît également dans le film dans un second rôle.
Cassavetes a réalisé le film Love Streams – Torrents d’amour (1984), produit par Cannon Films, dans lequel il incarnait un playboy vieillissant victime de l’affection étouffante de sa sœur récemment divorcée. Le film a été présenté à la 34ème Berlinale où il a remporté l’ Ours d’or. Il est souvent considéré comme le dernier film de Cassavetes, car il réunissait de nombreux éléments de ses œuvres précédentes. Il détestait Big Trouble (1986), dont il a repris la réalisation en cours de tournage à Andrew Bergman, scénariste original. Cassavetes en est venu à surnommer le film Big Trouble (1986), un titre on ne peut plus approprié, car le studio a rejeté nombre de ses décisions et a finalement remanié la majeure partie du film d’une manière qu’il désapprouvait.
En janvier 1987, Cassavetes était confronté à des problèmes de santé, mais il a écrit la pièce en trois actes Woman of Mystery et l’a mise en scène en mai et juin au Court Theatre de Los Angeles.
Cassavetes travailla durant la dernière année de sa vie à la production d’un dernier film qui devait s’intituler She’s Delovely. Il était en pourparlers avec Sean Penn pour le rôle principal, mais des obstacles juridiques et financiers se révélèrent insurmontables et le projet fut oublié jusqu’après la mort de Cassavetes, lorsque son fils Nick le réalisa finalement sous le titre She’s So Lovely (1997).
Cassavetes a passé la majeure partie de sa carrière de réalisateur à travailler en marge des circuits traditionnels, dans une atmosphère communautaire affranchie des contraintes commerciales d’Hollywood. Ses films visent à saisir les petits sentiments souvent refoulés par le cinéma hollywoodien, privilégiant l’exploration intime des personnages et de leurs relations plutôt que l’intrigue, le passé des personnages ou la stylisation. Il présentait souvent des personnages complexes dont les comportements étaient difficiles à cerner, rejetant les explications psychologiques ou narratives simplistes. Cassavetes rejetait également « la cinématographie impressionniste, le montage linéaire et la mise en scène centrée sur les stars » en vogue à Hollywood et dans le cinéma d’auteur. Souvent incapable de convaincre les studios hollywoodiens de financer son travail, Cassavetes travaillait généralement avec une petite équipe d’amis et de techniciens dévoués. Il disait : Le plus difficile pour un cinéaste, ou pour quelqu’un comme moi, c’est de trouver des gens… qui ont vraiment envie de faire quelque chose.
Cassavetes s’efforçait de créer un environnement confortable et informel où les acteurs pouvaient expérimenter librement et dépasser les clichés ou les comportements stéréotypés. Il rejetait l’Actors Studio, le qualifiant de forme de psychothérapie plutôt que de jeu d’acteur, source de clichés sentimentaux et d’émotions complaisantes. Il considérait au contraire que le jeu d’acteur devait être l’expression d’une joie et d’une exubérance créatives, l’accent étant mis sur la création de masques par le personnage au fil de ses interactions avec autrui. Cassavetes affirmait également s’efforcer de mettre les acteurs dans une situation où ils peuvent se ridiculiser sans craindre de révéler des choses qui pourraient se retourner contre eux. Il filmait fréquemment les scènes en longs plans-séquences, expliquant que :
Le caractère dramatique des scènes découle naturellement du passage réel du temps vécu par les acteurs. La caméra ne se contente pas de suivre les paroles et les actions des personnages. Je me concentre sur des gestes et des manières spécifiques. C’est en me concentrant sur ces petits détails les humeurs, les silences, les pauses ou les moments d’anxiété que la forme émerge.
Cassavetes rejetait également la domination de la vision unique du réalisateur, estimant que chaque personnage devait être une création individuelle de l’acteur et refusant de lui expliquer les personnages en détail. Il affirmait que l’unité stylistique vide un texte de son humanité. Les histoires de nombreuses personnes différentes et potentiellement inarticulées sont plus intéressantes qu’un récit artificiel qui n’existe que dans l’imagination d’un seul homme éloquent. La manière dont Cassavetes employait l’improvisation est souvent mal comprise: à l’exception de la version originale de Shadows, ses films étaient rigoureusement scénarisés. Cependant, il laissait aux acteurs la liberté d’interpréter les personnages et réécrivait souvent les scénarios en fonction des répétitions et des représentations. Il expliquait: Je crois en l’improvisation à partir du texte écrit et non à une créativité débridée.
Cassavetes a collaboré avec les musiciens de jazz Charles Mingus et Shafi Hadi pour composer la musique du film Shadows. Diane Dorr-Dorynek, amie de Mingus, a décrit l’approche de Cassavetes en matière de réalisation cinématographique en termes de jazz:
Le texte servait de structure de base autour de laquelle les acteurs pouvaient modifier ou improviser leurs répliques en fonction de leur réaction à la situation du moment, de sorte que chaque représentation était légèrement différente. Un musicien de jazz travaille de cette manière, utilisant une structure musicale donnée et créant à partir de celle-ci, construisant un tout musical lié à un moment particulier en écoutant et en interagissant avec ses collègues musiciens. Des musiciens de jazz travaillant avec des acteurs pourraient offrir au public des expériences théâtrales parmi les plus émouvantes et vivantes qu’il ait jamais vécues.
Interrogé par André S. Labarthe durant le tournage de Faces sur son désir de réaliser un film musical, Cassavetes répondit qu’il ne souhaitait faire qu’une seule comédie musicale: Crime et Châtiment de Dostoïevski. Cassavetes était passionné par un large éventail de genres musicaux, du jazz au classique en passant par le rock, déclarant: « J’aime toute la musique. Elle donne envie de vivre. Le silence, c’est la mort ».
De 1970 à 1984, Cassavetes a collaboré avec le compositeur Bo Harwood sur six films, occupant diverses fonctions. Harwood n’avait initialement été engagé que pour un peu de montage sur Husbands et un peu de montage sonore sur Minnie et Moskowitz. Il a composé une musique poignante pour les trois films suivants de Cassavetes et a également été crédité comme « ingénieur du son » pour deux d’entre eux. Au cours de ces projets, Harwood a écrit plusieurs chansons, dont certaines avec Cassavetes qui a contribué aux paroles et aux mélodies rudimentaires. Harwood affirmait que, durant sa collaboration avec Cassavetes, le réalisateur, réputé imprévisible, préférait utiliser la version maquette de ses compositions plutôt que de le laisser les peaufiner et les réenregistrer avec un orchestre. Certaines de ces maquettes ont été enregistrées dans le bureau de Cassavetes, avec piano ou guitare, comme des démos, avant d’être finalement intégrées au montage final. Si cela correspondait à l’aspect brut et sans fioritures qui caractérise la plupart des films de Cassavetes, Harwood en était parfois surpris et gêné.
La relation entre Harwood et Cassavetes s’est terminée à l’amiable. Interrogé par le documentariste Michael Ventura, lors du tournage du dernier film de Cassavetes, Love Streams – Torrents d’amour (1984), sur ce qu’il avait appris de sa collaboration avec ce dernier, Harwood a répondu :
J’ai beaucoup appris grâce à John. J’ai fait beaucoup de montage pour lui : montage image, montage son, montage musical, prise de son, composition de musique, et j’ai beaucoup appris sur l’intégrité… Je pense que vous voyez ce que je veux dire. Vous savez, dans trente ans, je pourrai dire que j’ai chevauché avec Billy the Kid.
Cassavetes fut marié à l’actrice américaine Gena Rowlands de 1954 jusqu’à sa mort en 1989. Nombre de ses films furent tournés et montés dans leur maison de Los Angeles . De leur union naquirent un fils, Nick, et deux filles, Alexandra et Zoe, qui suivirent tous deux leurs traces dans le cinéma.
Alcoolique de longue date, Cassavetes est décédé à Los Angeles des suites de complications liées à une cirrhose à l’âge de 59 ans, le 3 février 1989. Il est enterré au cimetière Westwood Village Memorial Park à Los Angeles.
Au moment de sa mort, Cassavetes avait accumulé une collection de plus de 40 scénarios non produits, ainsi qu’un roman, Husbands. Il a également laissé trois pièces de théâtre non produites : Sweet Talk, Entrances and Exits et Begin the Beguine, cette dernière, traduite en allemand, a été coproduite par Needcompany (Belgique) et le Burgtheater de Vienne, et créée sur la scène de l’Akademietheater de Vienne en 2014.
Cassavetes a fait l’objet de plusieurs biographies. Cassavetes on Cassavetes est un recueil d’entretiens menés par Ray Carney, spécialiste du cinéma à l’Université de Boston, dans lesquels le cinéaste évoque son expérience, ses influences et sa vision de l’industrie cinématographique. Dans le numéro de 2005 de Vanity Fair consacré à Hollywood, un article rend hommage à Cassavetes grâce à trois membres de sa troupe d’acteurs, Rowlands, Gazzara et Falk.
De nombreux films de Cassavetes appartiennent à Faces Distribution, société dirigée par Gena Rowlands et Julian Schlossberg, et sont distribués par Jumer Films (la société de Schlossberg), avec une distribution et des ventes complémentaires assurées par Janus Films. En septembre 2004, Criterion Collection a édité un coffret DVD Zone 1 regroupant ses cinq films indépendants: Shadows, Faces, Une femme sous influence, Le Meurtre d’un bookmaker chinois et Opening Night. Ce coffret contient également un documentaire sur la vie et l’œuvre de Cassavetes, A Constant Forge, ainsi qu’un livret présentant des analyses critiques de son travail et des hommages de ses amis. Criterion a sorti une version Blu-ray de ce coffret en octobre 2013. En 2005, un coffret des mêmes films est paru en Zone 2 chez Optimum Releasing. Le DVD Optimum de Shadows propose un commentaire audio de Seymour Cassel. Puis, en 2014, le catalogue Faces/Jumer est devenu la propriété de Shout! Factory, qui a acquis la société mère détentrice des films, Westchester Films.
Le New Yorker a écrit que Cassavetes est peut-être le réalisateur américain le plus influent du dernier demi-siècle, annonçant ainsi que tous les films qu’il a réalisés, ainsi que ceux dans lesquels il a joué, étaient projetés lors d’une rétrospective à la Brooklyn Academy of Music tout au long du mois de juillet 2013. AllMovie a qualifié Cassavetes de cinéaste iconoclaste et anticonformiste.
Les Independent Spirit Awards ont baptisé l’une de leurs catégories du nom de Cassavetes, le Prix John Cassavetes. Un spectacle solo sur John Cassavetes, intitulé Independent, a été créé à l’Essential Theatre d’Atlanta en août 2017. La pièce, écrite par John D. Babcock III, mettait en scène l’acteur Dan Triandiflou dans le rôle de Cassavetes. La chanson “What’s Yr Take on Cassavetes?” du groupe Le Tigre aborde les thèmes misogynes présents dans les films de John Cassavetes et s’interroge sur la possibilité de les apprécier une fois ces thèmes identifiés. La chanson “Cassavetes” du groupe Fugazi établit un parallèle entre l’indépendance de John Cassavetes vis-à-vis de l’industrie cinématographique et celle du groupe vis-à-vis de l’industrie du disque. En concert, le chanteur Guy Picciotto l’a présentée comme une chanson sur le fait de tracer son propre chemin.
En tant que cinéaste, il a été nominé pour l’ Oscar du meilleur scénario original pour Faces (1968) et pour l’ Oscar du meilleur réalisateur pour Une femme sous influence (1974). Les Independent Spirit Awards ont nommé le prix John Cassavetes en son honneur.
| Année | Prix | Catégorie | Œuvre nominée | Résultat | |
|---|---|---|---|---|---|
| 1960 | Festival international du film de Venise | Prix Pasinetti | Shadows | Nommé | |
| 1960 | Prix du cinéma de l’Académie britannique | Meilleur film | Nommé | ||
| Prix de l’ONU | Nommé | ||||
| 1967 | Oscars | Meilleur acteur dans un second rôle | Les douze salopards | Nommé | |
| 1968 | Golden Globes | Meilleur acteur dans un second rôle | Nommé | ||
| 1968 | Oscars | Meilleur scénario original | Faces | Nommé | |
| 1968 | Festival international du film de Venise | Prix Pasinetti | Gagné | ||
| Lion d’or | Nommé | ||||
| 1969 | Guilde des écrivains d’Amérique | Meilleur scénario original | Nommé | ||
| 1969 | Société nationale des critiques de cinéma | Meilleur scénario | Gagné | ||
| 1969 | Cercle des critiques de cinéma de New York | Meilleur réalisateur | Nommé | ||
| 1973 | Guilde des écrivains d’Amérique | Meilleur scénario original | Ainsi va l’amour | Nommé | |
| 1974 | Oscars | Meilleur réalisateur | Une femme sous influence | Nommé | |
| 1974 | Golden Globe Awards | Meilleur réalisateur | Nommé | ||
| Meilleur scénario | Nommé | ||||
| 1975 | Guilde des écrivains d’Amérique | Meilleur scénario original | Nommé | ||
| 1978 | Festival international du film de Berlin | Ours d’or | Opening Night | Nommé | |
| 1980 | Festival international du film de Venise | Lion d’or | Gloria | Gagné | |
| Mention honorable | Gagné | ||||
| 1980 | Prix Emmy Primetime | Meilleur acteur dans un second rôle dans une mini-série ou un film | Chair et sang | Nommé | |
| 1984 | Festival international du film de Berlin | Ours d’or | Love Streams – Torrents d’amour | Gagné | |
| Prix FIPRESCI | Gagné | ||||
| 1986 | Association des critiques de cinéma de Los Angeles | Prix pour l’ensemble d’une carrière | Jean Cassavetes | Gagné |
Nom du film
Evaluations
Acteurs:
Horreur
Biographie, Policier